Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 16:23
Comment dire ? Je suis sorti du tournoi... j'ai perdu, c'est fini le 6 handed des WSOP. Mais je n'ai pas le goût amer habituel des tournois importants ratés dans la bouche. Je me suis bien amusé, j'ai joué un bon poker et la structure ne m'a pas paralysé du tout. Je termine donc 250 ème (place estimée, le compteur était bloqué sur 266 depuis longtemps) sur 1236. Voici donc un petit compte rendu de ma journée.

Après un réveil matinal (jetlag à mort dans les dents), je prend le temps d'un moment trés agréable de la journée : les coups de fil à la famille : beaucoup d'encouragements et de soutien de mes proches... c'est primordial et ça fait plaisir d'entendre des voix amies quand on est isolé dans une ville aussi démente que Vegas.
Ensuite le seul bad-beat de la journée : Neteller. J'ai leur carte de paiement et c'est avec cette dernière que je compte financer une bonne partie de mon séjour. Je me connecte donc pour faire un cash-out de 2k$. Et là bang ! Compte fermé pour des raisons de sécurité. Je me précipite vers le support où l'on m'explique que c'est parce que je suis aux US et que j'ai un compte qui fonctionne habituellement depuis l'europe. Je les rassure en leur demandant de me poser les questions de sécurité classiques pour qu'il débloque mon compte mais c'est là la vraie surprise : refus catégorique ! Il faut faire les transactions depuis la France obligatoirement avant le départ pour les US. Je pête un cable et je demande à parler au superviseur. Après 20 minutes de négo, il me réouvre mon compte en m'expliquant que dès que je vais me reconnecter il va se rebloquer automatiquement. J'en demande pas plus et je trouve un avantage à être informaticien en utilisant un truc que j'ai configuré il y a longtemps : je prends le contrôle à distance du PC familial en France et je me connecte "depuis la France". J'effectue ainsi le cash out... ouf !

Avec tout ça, je suis pas en avance est je pars direct pour le Rio. En arrivant, c'est la cohue pour les inscriptions, je regrette pas de l'avoir fait la veille. Je matte avec envie les nombreux types qui se font masser sur des chaises spéciales. C'est hyper fréquent ici... sur les abords de la salle de tournoi et même pendant les tournois, il y a une dizaine de masseurs ou masseuses qui circulent en proposant un massage relaxant du dos, des épaules et du cou... Je me laisse tenter pour 15 minutes et je m'assoie sur leur bidule. Sur le coup, je trouve le massage trés "viril", à la limite douloureux parfois mais bon, je laisse faire, c'est eux les pros... Mauvaise idée : j'en souffre encore ! La nenette m'a détruit la nuque et les épaules !!! En fait, je crois qu'elle m'a fait le "special" américain obèse qui sent rien en dessous de 15cm de gras. Conclusion : soyez prudent e n'hésitez pas à demander  : "Please, keep it soft !".

Enfin le tournoi commence. C'est trés pro. Les croupiers sont tous d'un grande dextérité et le fait que nous ne soyons que 6 à table nous permet de voir un grand nombre de mains. Je suis rapidement classé comme un des agressifs de la table et c'est tant mieux. Un autre type attaque pas mal et je découvre au bout d'une demi-heure que c'est un Français (raccoon sur plusieurs site online, je n'est pas capté son nom de famille). En fait, j'ai évité le truc que je déteste dans un tournoi : jouer trop peu. Ici les rounds d'une heure et le fait qu'il soit considéré comme "normal" d'attaquer un coup sur trois (shorthanded oblige) me permet de gagner énormément de mains, d'en perdre beaucoup aussi mais et c'est bien le principal, de jouer beaucoup au poker.
C'est difficile de raconter spécifiquement une main : en fait, je joue pratiquement "any two" en position si je suis le premier à parler et que les blinds sont identifiés comme prenables... On voit trés rarement un show down. 90% des mains sont relancées pré-flop, normal quoi.
Après 1h30 de jeu, Il y a déjà eu 4 sortants (remplacés immédiatement) à ma table et je n'ai toujours pas décollé (j'oscille entre 2500 et 3500 pour un tapis de départ à 3000). Un asiatique, lassé de mes vols constants, a plusieurs fois envoyé son tapis (plus gros que le mien) preflop au BB quand je relance au bouton. Je jette à chaque fois rapidement en lui disant : "easy decision". Il m'explique qu'il est du genre binaire et qu'avec les monstres qu'il touche il peut faire ça... bof bof, si vraiment il a des monstres, il rentabilise que dalle.
Première main clé : nous somme à 10 minutes de la pause repas. J'ai 2900 et je suis loin en dessous de la moyenne qui est à 3800. Je touche AKu au bouton, un mec (un peu weak) limp utg et je relance un chouïa plus que d'habitude (3,5BB au lieu de 3BB), je vois l'asiatique au BB qui hésites et bing, ça loupe pas, il envoit son tapis. Le limper fold et j'ai une décision difficile à prendre pour tout mon tapis. Je prend mon temps, c'est mes WSOP quand même !
Il peut faire cela avec n'importe quelle paire et c'est dans ce cas au mieux un coin flip. Il peut aussi à mon avis le faire avec AK, AQ et AJ (il boite trop souvent à mon goût). Ce qui serait plutôt bien pour moi. J'estime à 10% la chance de bluff complet. Je pense qu'avec AA ou KK, il aurait tenté de prendre plus au flop. Je regarde la structure et l'augmentation des blinds qui approche et je me dit qu'un coin flip n'est pas déconnant à ce stade. Ensuite, je tente de décrypter l'adversaire, il parle beaucoup d'habitude et là il ne dit rien depuis les deux ou trois minutes que je réfléchis.. Je lui pose une ou deux question... il est figé. Je le sens pas trés sur de lui. La décision est prise : "Call !".
Nice read, il retourne ATs. Ca tient et je "double up" !

C'est la pose repas, je file à la cantine des WSOP et je tombe sur Patrick Bruel dans la file d'attente, on tape la discute, il est étonné de mon hésitation pour payer avec AK, il m'explique que je doit surestimer le niveau du tournoi. Il a le même tapis que moi, après un passage risqué à 400. Il est trés sympa et me présente sa femme Céline. Je lui parle de Pokeralille et il me demande si nous avons un championnat avec Winamax. J'en profite pour lui dire le bien que je pense de ce genre de sponsoring...
C'est la reprise : les antes font leur apparition et il devient encore plus important de prendre régulièrement quelques coups. Je vais avoir mon plus gros coup de chatte rapidement face à un nouvel arrivé à la table : il est trés agressif et joue pratiquement tous les coups. Il limp UTG, j'ai JJ au bouton, je relance fort. Il call. Flop Kxx 2 trefles. Il check après réflexion. Je fait un continuous bet de 80% du pot. Il raise-mini immédiatement. C'est un truc que je l'ai vu faire plusieurs fois pour tester la valeur d'un main adverse. Je n'arrive pas à le mettre sur un K à cause du tirage treffle, je me dit qu'il aurait misé avec un K pour ne pas me laisser la free-card. Je ne me sens pas caller, ça n'a pas de sens. C'est ou fold ou relance. Il a moins de tapis que moi, mais si je perd le coup, c'est 60% de mon tapis qui s'envole... J'estime que j'ai encore de la fold-equity et je fais boite. Il grimace pendant 10 secondes avant de pousser le reste de son tapis. Et là, je suis mal : il a KJ. Dame chatte me sauve en me donnant une couleur runner runner avec mon J de trefle. La rivière est le K de trêfle qui lui donne brelan. Le mec quitte la table trés énervé et je le comprend.... pfiouuuu !!! c'était chaud !
A ce moment je suis à 8500. Stack moyen à 5700, c'est ma meilleure position du tournoi.
Cela va se gater avec un monstrueux stack qui débarque à la table, il doit avoir environ 25k (au bout de 4 rounds c'est pas mal !). Il a surtout l'air corriace et j'en fait les frais rapidement. Comme d'hab, je saisie un occasion de voler les blinds.. il call. Il check un flop de briques et je continuous bet la valeur du pot. Il raise min et je contemple ma main pourrie et sa montagne de jeton : fold... Je suis capté et je vais maintenant avoir du mal à me faire respecter à la table.
Un autre gros stacks débarque et là, c'est trés dur. A deux, il font la loi et c'est difficile de prendre un pot sans risquer tout son tapis. Je descend inexorablement à 5000. C'est surement à ce moment que j'aurais du jouer differement, mais bon, la fatigue (il est 4h du matin en France) et l'inexpérience m'ont fait ralentir le rythme.
Enfin, la table casse. Je me retrouve de l'autre coté de l'amazon-room sur une table ou je suis bien évidemment short-stack face à des monstres qui n'arrête pas de s'agresser... Je me rend compte que ma table de départ était facile ;-) .
Je vais faire boite 2 ou 3 fois sans être payé. Puis c'est la dernière main, je balance boite à 4000 aux blinds 200/400 ante 50 avec une paire de 6 en main. Un mec isole en faisant boite à 30000 derrière, un dernier boite à 25000 derrière, ça sent le sapin... Le premier a JJ le second AK. Un K au flop et pas de 6 pour me sauver.
Voilà... 6 heures de jeu, 250ème... Un virage mal négocié : je passe à 5000 au moment ou il faut que je monte à 15000....
C'est une belle expérience. Et même si les pros parle de structure boucherie, si vous êtes habitué au Pasino, alors c'est jouable !

A bientôt...
Par François
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